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Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers camarades, chers ami(e)s.


L’Education est plus que jamais liée à l’avenir de notre pays. C’est notre conviction profonde partagée, de militants et de citoyens attachés aux valeurs de la République.

Depuis 2 ans, les mauvais coups et les coups boutoirs de ce gouvernement ont durement déstabilisé et affaibli notre système éducatif.

Le puissant mouvement de mécontentement, parfois de colère, mais aussi de décourageusement, qui a secoué le monde de l’éducation au printemps dernier a posé une question forte et qui demeure essentielle : l’éducation sera-t-elle demain encore nationale ?

Cette question est plus que jamais posée, à nous tous, et aux électeurs qui se rendront aux urnes les 21 et 28 mars prochain.

Faut-il poursuivre la grande braderie de notre système éducatif ? Son démantèlement est-il irrévocable ?

Car la décentralisation selon Jean-Pierre Raffarin, c’est d’abord la programmation du démantèlement de l’éducation nationale. Transférer ses responsabilités à un tiers, quand « le sujet » est en crise, c’est évidemment s’engager sur la voie du renoncement et de l’abandon. Décentraliser, c’est aujourd’hui le plus court chemin pour ouvrir l’éducation à l’économie de marché.

Alors pourquoi faut-il préserver l’éducation nationale, pourquoi cette privatisation - qui ne dit jamais son nom - met-elle directement en jeu l’avenir de notre démocratie ?

Je voudrais un instant m’attarder sur ce point car je crois que la politique qui est menée est effectivement particulièrement délétère pour notre pacte républicain.

L’école n’est pas un service public comme un autre, l’école n’est pas un service public de plus à privatiser pour complaire aux tenants de la dérégulation et aux admirateurs du tatchérisme. L’école est un pilier, une institution constitutive de la république et de notre vouloir vivre ensemble.

« C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. » dit excellemment Montesquieu.
Dans sa typologie des régimes politiques, si la crainte est le principe des régimes despotiques, l’honneur celui des monarchies, c’est la vertu qui conduit la république.

Une vertu qu’il définit « comme l’amour des lois et de la patrie… demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre… » Et il précise ainsi : « Tout dépend donc d’établir dans la république cet amour, et c’est à l’inspirer que l’éducation doit être attentive ».

Inspirer l’amour de la république, former des citoyens conscients, éduquer à la liberté, voilà des missions à mille lieues des priorités de ce gouvernement et de son Ministre pourtant philosophe.

L’école publique doit servir non pas seulement à former les femmes et les hommes capables de relever le défi des mutations technologiques de notre temps mais également des citoyens capables de se faire une idée de leur intérêt commun, bref de faire vivre la république.

Et la laïcité découle naturellement de cette mission fondamentale : elle fonde l’espace commun dans lequel tous les citoyens peuvent parvenir à la conscience de l’intérêt général. La laïcité est d’abord une pratique de la liberté. Et non pas une religion de substitution - une sorte de méthadone du républicain - comme voudraient nous le faire croire les communautaristes de tous poils.

Pour que l’école de la république ait une chance de continuer à former des citoyens libres, capables de raisonner en conscience, capables d’exercer leurs droits et leurs devoirs, il faut pour cela respecter les valeurs de la laïcité et la faire vivre.

Car l’école sert aussi à s ‘émanciper, à échapper aux particularismes des communautés, de sa tribue ou de son clan.

Et de ce point de vue les coups portés par l’intégrisme religieux à la laïcité scolaire ne sont pas exclusifs. Ultra-libéraux et intégristes opèrent avec les même objectifs : casser notre modèle démocratique.

C’est pourquoi la laïcité scolaire a devant elle un vaste chantier. Elle doit aujourd’hui résister également aux assauts continus du monde marchand.

En refusant de redonner à notre système éducatif les moyens, qui ne sont pas que matériels, de se concentrer sur ses missions, de redonner confiance à tous les acteurs du monde éducatif, enseignants, parents, élèves ; en organisant au contraire le transfert des personnels par le biais d’une décentralisation privatisation, le gouvernement créé les conditions de ce qu’il faut appeler par son nom : la marchandisation de l’école.

Oui, la vente à l'ancan de l’école est aujourd’hui encouragée et accompagnée par ce gouvernement, sous l’œil cynique et désabusé, d’un Ministre-philosophe, toujours là mais qui pense déjà à sa carrière d’après 28 mars.

Et si nous n’y prenons garde, demain sera remis en cause l’ensemble de notre édifice démocratique. C’est pourquoi il est indispensable de donner un premier coup d’arrêt à cette politique.

Le livret républicain, sortit du chapeau du gouvernement en milieu de semaine dernière, ne trompera personne, tant la politique qui est suivie est en parfaite opposition avec l’objet de cet ouvrage et la qualité des personnalités qui y ont participé. La politique de Jean-Pierre Raffarin en matière éducative est d’abord anti-républicaine.

Une profonde inquiétude, parfois de la désespérance, a gagné ces derniers mois l’ensemble du monde de l’éducation
Quand les enseignants ne sont plus recrutés, les heures de cours massivement supprimées, les classes fermées, c’est bien une politique de déconstruction qui est mise en œuvre.
Les milliers de manifestants, enseignants ou chercheurs, l’ont dit avec force au gouvernement : la réalité des suppressions continues et massives de postes d’enseignants, de chercheurs, relève de la casse sociale.

C’est une politique du marchandage, de crédits systématiquement gelés, qui sans proposer la moindre vision d’ensemble ou projet d’avenir, oppose une seule logique : la logique comptable, bref la logique libérale.

Le lien fort entre l’école et la république, est aujourd’hui en passe d’être rompu et je ne crois qu’il faille s’en réjouir.



« Laicité de l’enseignement et progrès social » sont indivisibles disait Jaures: « nous n’oublierons ni l’une, ni l’autre » et il rajoutait, « en républicains socialistes nous lutterons pour toutes les deux ». Oui, je crois qu’il faut lutter pour la laïcité, car c’est un combat pour la liberté et pour la justice sociale.
Ce combat, qui a été le nôtre durant cette mandature doit d’être poursuivi. En plaçant l’égalité dans l’accès aux savoirs au centre de nos priorités nous avons contribué à faire de l’Ile de France une région plus solidaire.
Le bradage de l’école publique, comme de notre système de recherche doit être stoppé net. C’est un enjeu majeur de société et par conséquent l’un des enjeux fort du scrutin des 21 et 28 mars prochain.