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QUELLE ECOLE POUR LA REPUBLIQUE ? - CHRONIQUES DE VIE SCOLAIRE

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COUP DE GUEULE

La recherche mérite mieux qu’ignorance et sarcasmes
Par Eric FERRAND, conseiller régional IDF


Le 10 février dernier, tout le monde universitaire s'est donné rendez-vous pour défiler dans les rues de Paris, de la Sorbonne jusqu'au Palais Bourbon. Tous les échelons, des étudiants jusqu'aux présidents des universités, en passant par les personnels administratifs et techniques, toutes les catégories d'enseignants, des précaires jusqu'aux professeurs étaient présents pour former un long cortège de 60 000 personnes en colère.
Evénement assez rare pour être souligné : même Paris-Assas a manifesté !

Voilà une belle unanimité, non pour défendre un pré carré et des moyens pour des moyens, mais d'abord pour réclamer le respect au plus haut de niveau de l'Etat et de dignes conditions de travail, d'emploi et de recherche.

Il faut dire que Monsieur Sarkozy n'y est pas allé de main morte : « mauvais, non performants, archaïques, idéologues, partisans, conservateurs, refusant de voir la réalité, installés dans le confort de l'auto-évaluation, travaillant en structures obsolètes archaïque et rigides ». Ainsi s'est-il exprimé dans son discours du 22 janvier devant un parterre de chercheurs médusés par tant de violence, d'ignorance et de manipulation pour faire passer l'application de la réforme Pécresse dont personne ne veut.

L'exaspération est donc aujourd'hui à son comble tant il est vrai que le mépris, assez mal supporté, avait précédé l'insulte par le vote à la sauvette en plein été 2007 de la loi sur les libertés et responsabilités des universités sans aucune concertation.
Cette loi, sous couvert d'accroître « l'autonomie » des universités, fait de la concurrence le cadre unique des règles et des missions universitaires, paradoxalement réglé de façon autoritaire par le pouvoir exorbitant des présidents d'université et par un dirigisme accru de la politique de recherche. En témoigne le fait que les instances nationales d'évaluation et de financement sont composées de membres nommés par le gouvernement. Dès lors, parler ici d'« autonomie », c'est pervertir le sens des mots!

Alors mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ! Et c'est ainsi que la mauvaise foi (ou l'ignorance, allez savoir !) et les préjugés sont tels, que l'image des chercheurs véhiculée par certains journalistes est profondément scandaleuse. Sur France-Info par exemple, on a pu entendre l'idée brillante selon laquelle, comme après 40 ans, un chercheur ne produit plus grand-chose d'intéressant, on pourrait lui coller plus d'heures d'enseignement, histoire de le rendre utile (sic).

Derrière tout cela bien sûr, ne nous y trompons pas, c'est la destruction du service public de l'enseignement et de la recherche qui est en projet, l'Etat s'y attaque par tous les fronts: suppressions de postes, baisse de fait des budgets, déstabilisation du CNRS, remise en question des conditions de recrutement des enseignants des premier et second degrés, changements statutaires.

Ces réformes sont menées sans prise en compte des problèmes aigus de conditions de travail et d'études dans les établissements d'enseignement supérieur et de recherche.

Mais au-delà, l'enjeu de la crise actuelle est encore plus profond, c'est la place de l'Université et de la recherche qui est aujourd'hui posée et la stigmatisation dont font l'objet ses acteurs est inadmissible.

Sarkozy et Pécresse devraient le savoir : les modes de gouvernance dans notre pays ont changé. Le contrat a remplacé la démarche unilatérale ; le partenariat, le coup de force ; l'union, l'exercice solitaire du pouvoir.

L'enjeu de la recherche est majeur pour la Nation. Les états-généraux de la recherche avaient dégagé d'ambitieuses propositions. Que le gouvernement s'en saisisse ! Dans la période de crise que nous vivons, et puisque le premier plan de relance du gouvernement n'a pas été à la hauteur, pourquoi ne pas bâtir un deuxième plan dont l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation seraient le cœur !